L’horlogerie
une histoire de famille
Depuis des générations, la famille Duperrier fidèle à Toulon-sur-Arroux, s’est employée à proposer ses compétences dans le domaine de l’horlogerie et de la bijouterie à la suite d’une longue lignée d’artisans commerçants.
Un lieu chargé d’histoire
Tout commença par un marchand de pierres qui fut à l’origine du nom puis, succéda un taillandier, un forgeron, un serrurier et des horlogers-bijoutiers de père en fils, rue de Paray, actuellement rue Eugène Fichot, en direction de Gueugnon, ville ou Laurent s’installa pendant plusieurs années. Sa sœur Véronique ferma la boucle avec la vente en joaillerie, tandis qu’il perpétuait le métier pour finalement s’installer de nouveau à Toulon place Maréchal de Lattre de Tassigny près de la Mairie.
Dans son atelier, Laurent a réuni des gravures anciennes représentant Toulon, dont certaines réalisées par leurs ancêtres. Il a également conservé des outils et des objets qui rappellent combien ils ont servi et ont été témoins de l’évolution de cette bourgade agréable du charolais. Ils faut dire qu’ils ont été étayés de nombreuses anecdotes que Laurent aime révéler à ceux qui font preuve de curiosité à ce sujet.
Entre Jeanne, la grand-mère dont le seul regret fut que l’annonce de la seconde guerre lui ôta la possibilité de passer le permis de conduire pour découvrir le monde et Louis, le grand-père qui rendit en vélo les réparations de ses clients avant d’emmener ses enfants en zone libre pour les mettre à l’abri… François, leur père qui enleva par amour la fille de la boucherie alors que son frère tombait amoureux de la fille de l’Économique et leur tante qui épousa le fils du restaurant… il y a assurément de quoi évoquer le tempérament particulier et bien ancré des toulonnais.
Il faut croire qu’ici, à la croisée des chemins, entre Montceau et Luzy ou Vichy et Autun, chacun peut puiser son bonheur, et Laurent souhaite que clients et visiteurs trouvent chez lui des souvenirs qui en disent long sur les capacités d’une ville qui présente un réel intérêt, de l’enracinement de ses occupants à leur possibilité d’en partir pour souvent mieux y revenir.
On ne peut d’ailleurs pas oublier de mentionner Philibert Commerson, docteur à Toulon-sur-Arroux puis médecin-naturaliste du Roy au siècle des Lumières et Jeanne Baret sa gouvernante, première femme à accomplir le tour du Monde sur un navire royal, partis tous deux lors du voyage de Bougainville et qui ont apporté à l’astronomie horlogère, à la botanique et à bien des domaines des sciences de nombreuses découvertes, quelques années avant que Jean Philippe Saclier, maire de Toulon après Archambaud fils de Philibert Commerson, ne signe le traité d’abolition de l’esclavage.

Louis Duperrier,
horloger bijoutier
à Toulon-sur-Arroux
Témoignage de son fils Bernard
Mon père Louis est issu d’une famille d’artisans. Son père était serrurier. Il a fait très tôt sa formation d’horloger à l’école d’horlogerie nationale de Cluses en Savoie. Il a été diplômé en 1911, il avait seulement 16 ans. Après il a fait son tour de France pendant quelques années et travaillé chez des horlogers à Paris, à Valence et dans le Nord de la France. La guerre de 14-18 l’a obligé à retarder son projet d’ouvrir son magasin. Il n’a pu se mettre à son compte qu’en 1918 à la fin de la guerre.
Les conditions de travail à l’époque étaient bien différentes de celles que l’on connaît maintenant.
Mon père travaillait du lundi au samedi de 8h30 à 17h30 ainsi que le dimanche matin. Il allait à la première messe à 7h et ouvrait ensuite le magasin jusqu’à midi. Il ne prenait jamais de vacances. Il a fallu attendre 1945 pour que les congés soient institués et au départ ce n’était pas pour les commerçants-artisans.
Son commerce marchait bien. II a pu s’acheter une voiture au début des années 30. Mes parents ont fait leur voyage de noce en voiture, chose rare à l’époque.
Ma famille vivait au rythme du magasin dans une maison de commerce qui comprenait l’atelier qui donnait sur la cour à l’arrière, une salle à manger, une cuisine et la boutique à l’avant. Le carillon tintait quand un client entrait. Si ma mère était disponible c’est elle qui s’occupait de répondre aux clients dans la boutique de manière à laisser mon père se concentrer sur les réparations. L’atelier était entièrement vitré pour laisser entrer la lumière, il était rempli de placards, de tiroirs, et de tout l’équipement nécessaire à la réparation des montres, des horloges et des pendules. Tout était bien organisé car les pièces d’horlogerie sont toutes petites, il ne faut pas les perdre. On entendait le tic-tac des horloges quand la porte s’entrouvrait.
Enfant, j’étais fasciné par le travail demandé par certaines montres très abîmées. Mon père devait refaire certaines pièces à la main. C’est un travail qui requiert une précision incroyable. Il portait d’ailleurs toujours une loupe à l’œil ainsi que sa blouse grise d’horloger. Le plus impressionnant pour moi c’était les soudures. C’est tellement minutieux !
Avec mes frères, on se cachait pour voir le spectacle des filles qui se faisaient percer les oreilles. Certaines pleuraient et on se moquait un peu.
Mon père aimait son travail et il était réputé dans toute une partie de la France pour les réparations délicates des vieilles horloges et des vieilles pendules. Certaines arrivaient par la poste de Paris ou des familles nobles venaient lui en déposer l’été avant de repasser les récupérer à la fin des vacances. Il renvoyait les montres et les bijoux dans de petites boîtes en bois qu’il avait en quantité.
Quand j’ai eu 20 ans, mon père m’a fait cadeau d’une montre à gousset dont il avait réalisé toutes les pièces lui-même. C’était son chef d’œuvre, la montre qu’il avait fait lors de la fin de ses études.
Pour ma profession de foi, il m’a offert une montre bracelet en or suisse, que je porte encore. Lui-même portait une montre à gousset et une montre bracelet mais il ne les portait pas pour travailler ni pour aller au jardin. À l’époque il s’agissait d’objets de grande valeur auxquels on faisait bien attention.
Lors de la 2e guerre mondiale, on avait encore la vieille forge de mon grand père serrurier. Il restait du matériel de serrurerie dans toute la maison, notamment dans la forge au fond du jardin. Pour libérer l’atelier, les Allemands avaient remisé tout le matériel d’horlogerie sans dessus dessous dans la forge.
La veille de l’arrivée des Allemands à Toulon-sur-Arroux, en 1939, quand il a décidé de partir en exode avec maman, mes frères et moi, mon père a porté aux toulonnais les montres qu’il avait en réparation en vélo (il fallait économiser l’essence pour partir le lendemain dans le Rouergue, où nous nous sommes réfugiés).
Tous les ans, on partait en voiture à la Foire de Lyon pendant les vacances de Pâques. À cette occasion on était hébergé chez des cousins et on allait visiter tout le quartier de la Foire qui présentait l’horlogerie. Mon père allait voir ses fournisseurs autant au niveau du matériel d’horlogerie que pour la bijouterie.
Mon père a arrêté de travailler et a passé le relai à mon frère François lorsque ce dernier a terminé sa formation à Dreux.